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Guide1 septembre 2026

90 % des roses françaises arrivent des Pays-Bas. Presque aucune n’y a poussé

La douane française enregistre 115 millions d’euros de roses importées en 2025, dont 90,2 % en provenance des Pays-Bas. Ce chiffre ne dit pas où la fleur a été cultivée : il dit par où elle est passée. Voici ce qu’il cache, et pourquoi la rose française coûte ce qu’elle coûte.

Par Alan Martínez et Kitt, son agent · avec les données de notre catalogue · 1 septembre 2026

En 2025, la France a importé 115,2 millions d’euros de roses fraîches. Neuf euros sur dix correspondent à une marchandise arrivée des Pays-Bas — un pays qui, pour l’essentiel, ne les cultive pas : il les vend aux enchères. La douane enregistre la provenance de l’envoi, pas le lieu de culture, et c’est toute la différence. Ce guide explique ce que cache ce 90,2 %, ce que la longueur de tige change au prix, et pourquoi février est bien, en France, le mois de la rose — ce qui n’est pas le cas partout.

Ce que le chiffre néerlandais cache

Les 115,2 millions d’euros de roses importées en 2025 se répartissent ainsi : 103,9 millions déclarés en provenance des Pays-Bas (90,2 %), 3,5 de Belgique, 3,4 du Kenya et 1,9 d’Espagne. Vu comme ça, la rose française serait un produit du nord de l’Europe.

Elle ne l’est pas. Les Pays-Bas sont la plaque tournante du commerce mondial de la fleur coupée : la marchandise y arrive d’Afrique et d’Amérique du Sud, passe par les enchères et repart vers le reste du continent. À l’échelle de l’Union européenne, les vrais fournisseurs sont l’Équateur (336,7 M€), le Kenya (334,2 M€) et l’Éthiopie (165,7 M€).

La conséquence est concrète : sur une rose achetée en France, la douane ne permet pas de remonter au pays de culture. L’Espagne, elle, achète en direct — 92 % de ses roses viennent d’Équateur et de Colombie — et sait donc exactement d’où vient chaque tige. Ce n’est pas une question de qualité, mais de circuit.

La rose qui passe la douane française

Déclarations douanières 2025, et non estimations de marché.

115,2M€
Roses fraîches importées en 2025

Eurostat, position 060311

90,2%
Déclarées en provenance des Pays-Bas

103,9 M€

2,9%
Déclarées en provenance du Kenya

3,4 M€

13.700t
Tonnes de fleur entrées dans l’année

Eurostat

Ce que la tige change

La rose d’Équateur pousse à plus de 2 500 mètres et sur l’équateur : douze heures de lumière toute l’année et des nuits froides. Le froid allonge le cycle de la plante, et un cycle long donne une tige plus épaisse et un bouton plus gros. La littérature horticole le décrit à l’envers, ce qui est plus parlant : augmenter la température raccourcit le cycle, réduit le nombre de feuilles précédant la fleur et dégrade la qualité de la tige coupée.

Cela se voit sur la balance. Dans notre catalogue, une tige équatorienne pèse 58 grammes en moyenne ; une tige kényane, 35,9. Soit 62 % de fleur en plus par tige.

L’escalier de la tige, et pourquoi l’Afrique en disparaît

Coût médian par tige selon sa longueur, sur 883 minimums vérifiés un à un dans le panier. En dessous, le nombre de références d’origine africaine restant à chaque mesure.

0,4840 cm0,5850 cm0,6760 cm0,7870 cm0,8880 cm0,9190 cmRéférences d’origine africaine5728940aucune0aucune

À quarante centimètres, 57 références africaines sont en concurrence. À partir de quatre-vingts, il n’en reste aucune.

La même fleur, deux origines

Explorer et Red Torch sont toutes deux des roses rouges, toutes deux au catalogue aujourd’hui. Les tiges sont dessinées à l’échelle réelle l’une par rapport à l’autre.

Explorer · Ecuador90 cm · 26 variantes0,61 € la tige à 60 cmRed Torch · Kenia60 cm · 2 variantes0,30 € la tige à 60 cm

La taille du bouton n’est PAS à l’échelle : nous n’avons pas cette mesure vérifiée pour ces deux variétés, donc elle n’est pas dessinée.

Le prix, décomposé

Poids par tige (notre catalogue)
Ecuador 58,0 g · Kenia 35,9 g → ×1,62
Prix du kilo à la frontière (Eurostat)
Ecuador 8,10 € · Kenia 5,25 € → ×1,54
Prix par tige (minimums vérifiés)
Ecuador 0,63 € · Kenia 0,26 € → ×2,42
Les deux moitiés multipliées, face au prix mesuré
1,62 × 1,54 = 2,49 · 2,42

La moitié, c’est la taille ; l’autre moitié, non

L’explication facile est que la rose andine coûte plus cher parce qu’elle est plus grande. C’est vrai à moitié, et cela se sépare : 1,62 pour le poids, 1,54 pour le prix du kilo, et leur produit — 2,49 — explique presque exactement le 2,42 mesuré tige par tige. Les deux moitiés viennent de sources qui ne se parlent pas : l’une de notre balance, l’autre des douanes européennes.

Donc oui, la moitié de l’écart est de la matière. Mais l’autre moitié n’est pas une question de taille : le kilo de rose andine se paie 54 % plus cher que l’africain. Entrent là le fret aérien depuis Quito face à celui de Nairobi, la variété cultivée et le marché visé.

La rose andine tient-elle plus longtemps en vase ? Nous n’en savons rien : nous ne mesurons pas la tenue en vase et nous n’allons pas la déduire du prix. L’indicateur de fragilité du fournisseur est vide sur les 2 010 références de rose, il ne distingue donc rien non plus.

En France, la rose est bien une fleur de février

Importation mensuelle de roses fraîches en 2025. Février dépasse de loin tous les autres mois.

6,3 M€10,1 M€13,8 M€17,6 M€JSaint-ValentinFMAFête des mèresMJJASOND

Moyenne mensuelle 2025 : 9,60 M€. Février atteint 17,63 M€ — un cas isolé en Europe du Sud : en Espagne et au Portugal, le pic annuel tombe en octobre, pour la Toussaint.

La douzaine est une convention, pas un format

La rose ne s’achète par douze à aucun maillon de la chaîne, sauf le dernier. Nous le savons parce que nous mesurons le minimum réel d’achat en mettant le produit au panier, un à un : la médiane est de 25 tiges, et seules 101 références sur 894 acceptent douze ou moins.

La douzaine vient du fleuriste, pas de la culture : c’est l’unité de vente finale, après que quelqu’un a acheté un paquet de vingt-cinq et l’a séparé. Quand un bouquet de douze paraît cher, c’est l’une des raisons, et elle ne figure dans aucune description de produit.

Combien de roses on achète vraiment

25
Minimum médian d’achat, en tiges

894 références vérifiées au panier

11%
Références acceptant douze tiges ou moins

101 / 894

300
Minimum de la référence la plus exigeante

carton événementiel

Ce qui est au catalogue et ce qu’on peut acheter aujourd’hui

Un catalogue de roses n’est pas une liste stable. Nous le mesurons chaque nuit : en un mois de suivi, les 1 402 références en mouvement ont changé d’état 5 739 fois, soit 4,1 changements par référence — l’une est allée jusqu’à dix-sept.

En moyenne, une rose est disponible 52,8 % du temps. Et 583 des 2 010 références n’ont pas été disponibles un seul jour sur les 33 jours mesurés.

Traduction : la variété exacte qui apparaît aujourd’hui sur une photo peut ne plus exister dans trois semaines. C’est l’explication ennuyeuse de la plainte la plus répandue du secteur — « ça ne ressemblait pas à la photo » — et presque personne ne la raconte, car elle oblige à admettre que le catalogue publié et l’entrepôt réel ne sont pas la même chose.

La rose bleue et la rose noire n’existent pas

Dans tout le catalogue, il y a exactement deux références de rose bleue et de rose noire, et toutes deux portent le mot « teinte » dans leur nom. Il n’y a pas de pigment bleu dans le genre Rosa : ce qui se vend comme rose bleue est une rose blanche qui a bu du colorant par la tige. Autant le savoir avant de la payer comme une rareté botanique.

Comment tout cela a été compté

Les chiffres du commerce viennent d’Eurostat Comext, position 060311 (« roses et boutons, frais »), flux d’importation. Ce sont des déclarations douanières, pas des estimations de marché. Les chiffres de catalogue viennent de notre propre base : 2 010 références de rose fraîche regroupées en 517 fiches, avec le pays d’origine présent sur 100 % d’entre elles.

Quatre corrections ont été nécessaires avant de publier le moindre chiffre. En espagnol, « rosa » désigne aussi la couleur rose : compter par nom faisait entrer 85 œillets roses, 71 chrysanthèmes roses et 6 tulipes roses dans le décompte. Rose éternelle, artificielle et ours de roses ne sont pas de la rose fraîche : 136 fiches de plus, qui auraient gonflé le total de 26 %. Sur les 517 fiches, 436 sont des variétés isolées, le reste des bouquets déjà montés. Enfin, notre série de prix comporte un changement d’unité entre le 17 et le 19 juillet 2026 : avant, un prix par tige ; après, un coût de lot. La lire sans le voir revient à publier que la rose a augmenté de 32 000 % en une semaine — c’est pourquoi ce guide ne contient aucune évolution de prix maison.

La répartition par pays couvre 95,3 % des références. Les 95 autres portent un code d’origine que nous n’avons pas pu traduire en pays : elles restent « non identifiées » plutôt que d’être attribuées à vue. Nous ne publions pas non plus le diamètre du bouton par pays, bien qu’il aille dans le sens de la thèse : ce champ n’apparaît que sur 200 des 2 010 références.

Ce que nous ignorons : quelle part de la fleur entrée comme néerlandaise a poussé en Afrique, puisque la douane enregistre la provenance de l’envoi. Et la disponibilité est mesurée sur 33 jours : c’est la photo d’un mois, pas une série annuelle.

Sources

  1. [eurostat]EU trade since 1988 by HS2-4-6 and CN8 (base ds-045409), position 060311 « roses et boutons, frais »Eurostat · Commission européenne · 2026-08-14Consulté le 01/09/2026

Comment nous avons fait

Par Alan Martínez et Kitt. avec les données de notre catalogue Mis à jour le 1 septembre 2026. Si vous trouvez une erreur, écrivez-nous : nous la corrigeons et laissons la date du changement en évidence.

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